Échec des négociations: droits de douane de 50% et riposte équivalente du Canada
Le président des États-Unis, Donald Trump, regarde le premier ministre canadien Mark Carney alors qu’ils lèvent leur verre lors d’un dîner de travail à Gyeongju, en Corée du Sud, le mercredi 29 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld
Adrian Wyld Une dernière tentative pour parvenir à un nouvel accord commercial avant l’échéance fixée à minuit en matière de droits de douane a échoué vendredi, le premier ministre Mark Carney ayant suspendu les négociations avec les États-Unis et rappelé ses négociateurs à Ottawa.
Cette décision a entraîné l’entrée en vigueur, à 00h01, de nouveaux droits de douane de 50% sur des milliards de dollars d’exportations canadiennes vers les États-Unis, et M. Carney a promis que le Canada riposterait par des mesures équivalentes.
«Au cours des dernières semaines, nous avons réalisé des progrès importants pour renforcer la position du Canada comme partenaire bénéficiant du meilleur accord au monde avec les États-Unis», a déclaré M. Carney dans un communiqué publié juste avant l’expiration du délai fixé par Trump pour l’application des droits de douane.
«Toutefois, ces progrès n’ont pas suffi à répondre aux objectifs que nous nous étions fixés pour les Canadiennes et les Canadiens.»
Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, et la négociatrice en chef, Janice Charette, se trouvaient à Washington depuis près de deux semaines d’affilée pour tenter de parvenir à un accord, notamment en menant de longues heures de discussions avec M. Greer vendredi.
«Ils ont travaillé d’arrache-pied, en toute bonne foi, pour défendre les intérêts des Canadiennes et des Canadiens tout au long de ces négociations, et ce, jusqu’à la dernière minute», a déclaré M. Carney.
«Cependant, les modifications de dernière minute apportées aux conditions proposées par les États-Unis étaient inéquitables, non rentables et remettaient en cause la fiabilité de tout accord.»
Les nouveaux droits de douane américains visent 28 milliards $ de produits canadiens, allant des crosses de hockey et du miel aux huiles essentielles et aux produits laitiers.
«Le Canada imposera des droits de douane équivalents, au dollar près, pour protéger nos travailleurs et nos entreprises», a indiqué le premier ministre canadien dans sa déclaration écrite.
Les détails concernant les produits sur lesquels le Canada imposera des droits de douane en riposte ne sont pas encore disponibles.
Mark Carney a également indiqué que le gouvernement allait prendre des mesures pour soutenir les travailleurs et les entreprises canadiennes dans les jours à venir.
Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a déclaré vendredi que les États-Unis et le Canada avaient «refusé» de finaliser un accord provisoire, et en a attribué l’entière responsabilité au Canada.
«Malgré l’offre faite par les États-Unis au Canada de bénéficier du meilleur traitement accordé à tout grand exportateur vers notre marché, les nouvelles exigences et le retour en arrière du Canada sur d’autres engagements ont bouleversé le fragile équilibre atteint ces derniers jours», a déclaré M. Greer.
«De plus, le Canada continue de maintenir ses mesures de rétorsion prolongées à l’encontre des États-Unis, notamment des interdictions pures et simples visant certains biens et services américains.»
M. Greer a déclaré aux journalistes que l’échec de cet accord représentait une «occasion manquée», soulignant que les États-Unis proposaient d’importantes réductions tarifaires sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et le bois d’œuvre en échange de concessions de la part du Canada.
Il a précisé que l’accord comprenait également un partenariat en matière d’économie et de sécurité nationale, ainsi que l’annonce de négociations officielles en vue d’un accord entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.
L’administration Trump n’a pas prolongé l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en juillet. Cela a déclenché un réexamen annuel de l’accord commercial pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans, à l’issue de laquelle il expirerait si les trois pays ne parvenaient pas à s’entendre sur une prolongation.
Le Mexique et les États-Unis ont lancé des négociations officielles sur l’ACEUM, mais Ottawa et Washington n’ont pas encore entamé de discussions de ce type.
Plus tôt dans la journée de vendredi, le président américain Donald Trump a déclaré qu’un accord avec le Canada «avançait», bien que le ministre fédéral Dominic LeBlanc ait indiqué aux journalistes qu’il restait encore «du travail à faire» pour conclure un accord commercial.
Certains premiers ministres provinciaux canadiens se sont déjà ralliés au premier ministre Carney à la suite de cette annonce.
Après plusieurs jours de silence, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré au cours de la nuit sur les réseaux sociaux qu’il apportait son «soutien total» à son homologue fédéral pour une réponse ferme.
«Alors que nous nous battons pour protéger la souveraineté et la sécurité économique du Canada, toutes les options doivent être envisagées», a déclaré M. Ford. «L’Ontario est prêt à jouer son rôle.»
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a déclaré sur les réseaux sociaux que «notre politesse ne doit jamais être confondue avec de la faiblesse».
«Nous nous défendrons toujours», a-t-il ajouté. «Nous n’avons pas cherché cela, mais nous continuerons à nous battre aussi longtemps qu’il le faudra.»
L’ancien premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a également salué cette initiative, déclarant sur les réseaux sociaux que «le Canada a clairement déployé des efforts sérieux et de bonne foi pour obtenir davantage de stabilité et un meilleur accès aux marchés, et reste prêt à trouver un accord équitable et équilibré».
«Nous ne capitulons pas lâchement face à une agression économique et politique constante», a déclaré M. Kenney. «Répondre aux nouveaux droits de douane américains par des contre-mesures tarifaires est exactement la bonne chose à faire en ce moment.»
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a quant à elle, affirmé sur les réseaux sociaux qu’elle était «profondément déçue» que le Canada et les États-Unis n’aient pas réussi à conclure un accord commercial.
«Personne ne tire profit d’une guerre commerciale», a-t-elle indiqué.
Mme Smith a également indiqué qu’elle saluait l’intention du gouvernement fédéral d’apporter une aide aux entreprises touchées.
«L’Alberta continuera de plaider en faveur d’une relation solide et sans droits de douane entre le Canada et les États-Unis, et j’exhorterai le gouvernement fédéral à relancer les négociations dès que possible», a-t-elle ajouté.
Candace Laing, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce du Canada et membre du comité consultatif du premier ministre sur les relations économiques canado-américaines, a déclaré dans un communiqué que cela constituerait «un coup dur pour la compétitivité nord-américaine dans cette saga commerciale autodestructrice».
«Un droit de douane exorbitant et impossible à répercuter n’est ni durable ni viable pour les entreprises», a-t-elle ajouté. «Pour un petit exportateur canadien opérant avec des marges serrées, il ne s’agit pas d’un différend commercial abstrait. Cela signifie qu’il faut examiner ses commandes, sa masse salariale et ses employés, et se demander ce que l’on peut encore se permettre.»
Mme Laing a ajouté que les Américains verraient leurs coûts augmenter, tandis que les Canadiens assisteraient à la disparition de clients, d’investissements et de petites entreprises.
Donald Trump avait initialement menacé d’imposer ces nouveaux droits de douane en juillet et fixé au 19 août la date limite pour parvenir à un accord avec le Canada sur un certain nombre de questions. Peu avant cette échéance, le président américain avait déclaré qu’il suspendait l’application des droits de douane prévus, le temps que les deux parties règlent les détails d’un accord commercial.
Les États-Unis avaient invoqué un certain nombre de points de friction pour justifier la menace de droits de douane, notamment des plaintes concernant l’accès américain au marché laitier canadien et le fait que la plupart des provinces continuaient d’interdire la vente d’alcool américain dans leurs magasins.
Les provinces canadiennes ont retiré les alcools américains des rayons des magasins l’année dernière après que Donald Trump eut imposé des droits de douane. Les interdictions visant les alcools américains restent en vigueur dans toutes les provinces, à l’exception de la Saskatchewan et de l’Alberta.
Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a déclaré en début de semaine que M. Carney avait «en substance» fait savoir aux premiers ministres canadiens qu’il n’y aurait pas d’accord sans l’engagement de remettre les alcools américains en rayon.
«Je ne dirais pas qu’il nous suppliait, mais qu’est-ce qui précède la supplication ? Je comprends donc son point de vue», a déclaré M. Kinew lors d’une conférence de presse à Winnipeg jeudi.
Avec la contribution de David Baxter à Ottawa et de Kelly Geraldine Malone à Washington.