L’argent pour la culture dans les écoles pourrait servir à d’autres fins par un regroupement des fonds plus large

Christophe Moquin | 13 mai 2026 | 09:57
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Le gouvernement du Québec regroupe les mesures consacrées à l’achat de livres, aux sorties scolaires et à la culture à l’école sous une enveloppe intitulée Projets pédagogiques particuliers, activités sportives, culturelles et sociales, un choix administratif qui retire la protection des sommes historiquement dédiées aux programmes La culture à l’école et Sorties scolaires en milieu culturel, ainsi qu’à la mesure acquisition d’œuvres littéraires et d’ouvrages documentaires, selon le Front commun pour les arts.

« On ne peut pas prétendre protéger l’accès des jeunes à la culture tout en retirant précisément les mécanismes qui permettaient de le garantir. Le gouvernement appelle cela de la souplesse. Nous y voyons plutôt un abandon de responsabilité », déclare Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU et porte-parole pour le Front commun pour les arts.

Rappelons que les sorties scolaires en milieu culturel ainsi que le programme La culture à l’école étaient menacés de coupes allant jusqu’à 26,5 M$, dans le dernier rapport du Vérificateur général, un scénario qui était préoccupant pour les diffuseurs du milieu. Le milieu culturel s’était mobilisé, en février dernier, contre ces coupures.

En réponse à cette mobilisation, le budget du Gouvernement du Québec, annoncé le 18 mars par le ministre des Finances, Éric Girard, annonçait que le budget ne serait pas amputé.

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Une nouvelle préoccupante

Le Front commun pour les arts mentionne que, sans balises claires et dédiées, le livre et les sorties scolaires sont la première variable d’ajustement dans un contexte de contraintes budgétaires. Les mesures La culture à l’écoleSorties scolaires en milieu culturel et Acquisition d’œuvres littéraires et d’ouvrages documentaires étaient plus que des lignes budgétaires, mais des leviers concrets pour intégrer les arts et la culture dans les écoles.

« Sous prétexte que pour la culture, on peut toujours faire avec les moyens du bord, on enlève aux enseignant.e.s d’arts et de français ce qui leur permettait d’accomplir leur tâche comme il se doit. Il s’agissait de leviers importants, nécessaires », déclare Josée Beaudoin, présidente de l’Association québécoise des professeur.e.s de français (AQPF).

Le Front commun pour les arts mentionne que la destination de cet argent n’est plus assurée. Il s’agit, pour eux, d’une rupture de confiance par le retrait des balises qui permettaient de s’assurer que ces budgets servent réellement à la culture.

Une contradiction du gouvernement

Cette décision affaiblit l’accessibilité de la culture pour les jeunes, une mesure que le Front commun pour les arts qualifie de contradictoire, le Gouvernement du Québec affirmant vouloir défendre la langue française, l’identité québécoise et l’accès aux livres et à la culture.

Pour le Front commun, la culture et la littératie ne sont pas interchangeables avec une activité sociale, sportive ou parascolaire, car la culture joue un rôle spécifique dans la formation des jeunes, par le développement de la pensé critique, l’imaginaire, la sensibilité, la curiosité, le rapport à la langue, à l’histoire, au territoire et aux autres.

Une réponse du ministère de l’Éducation

Le ministère de l’Éducation confirme les inquiétudes. Il reconnaît que la levée de la protection des sommes vise à offrir une plus grande souplesse aux organismes scolaires et que les centres de services scolaires pourront gérer leurs ressources en fonction des priorités et des besoins locaux, ainsi que certaines décisions diffèrent d’un milieu à l’autre en matière de dossiers Culture-Éducation.

C’est ce que le Front commun pour les arts trouve inquiétant. « Ce que le gouvernement présente comme de la flexibilité, nous le connaissons trop bien : c’est le début du détournement progressif des sommes. Dans les faits, l’argent prévu pour l’achat de livres et les sorties culturelles pourra servir à combler d’autres trous. Et ce sont les élèves qui seront les grands perdants », indique Hélène Hotton, directrice générale de l’UNEQ et porte-parole pour le Front commun.

Le Front commun pour les arts a des demandes

Le Front commun demande donc à la ministre Sonia Lebel le rétablissement de protections budgétaires claires pour les sommes destinées à ces programmes, l’identification explicite des montants consacrés aux livres et à la culture au sein de toute mesure budgétaire regroupée, le maintien d’un objectif national fort et la protection de l’accès au livre à l’école.

Il demande aussi la mise en place d’incitatifs réels pour les écoles et les enseignants, une reddition de comptes publique et le rapatriement des enveloppes culture-éducation au ministère de la Culture et des Communications.

Le Front commun pour les arts rappelle que l’accès à la culture ne peut dépendre du code postal, du niveau de pression budgétaire d’un centre de services scolaire ou de la capacité d’une école à défendre une sortie culturelle parmi une série d’autres urgences.

« Le Québec ne peut pas prétendre faire de la culture une priorité nationale tout en la noyant dans une enveloppe fourre-tout. Si le gouvernement croit réellement à l’importance de la culture dans le parcours des jeunes, il doit la protéger. Pas seulement dans les discours. Dans les règles budgétaires », soutiennent les porte-paroles du Front commun pour les arts.