Des vandales s’en prennent à la Maison Kruse de Gaspé

La Maison Kruse qui fait partie du patrimoine bâti de Gaspé a de nouveau été la cible de vandales mardi.

Des vitrines de la façade du bâtiment construit en 1922 ont été cassées par des gens sans scrupule.

La Sûreté du Québec avait dû intervenir récemment pour sortir des gens qui squattaient la maison abandonnée depuis plusieurs années et qui montre des signes de détérioration évidents.

Mais la question de la propriété est un point central alors que la descendance de la famille ne répond plus depuis un an à l’appel.

La maison a été construire sur un terrain appartenant à la Société du chemin de fer de la Gaspésie après qu’un bail emphytéotique de 99 ans ait été conclue lors de son érection.

« Ça doit faire 15 ans que la Société du chemin de fer et son ancêtre essaient de régulariser cette situation », mentionne le directeur général de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, Luc Lévesque.

Il y a trois ans, une promesse d’achat-vente avait été conclue avec la famille et la succession.

« On avait une entente pour leur vendre le terrain car ce bout de terrain appartient encore à la société du chemin de fer. On n’a jamais pu conclure et je n’ai plus de nouvelles d’eux depuis presque un an. On essaie de régulariser », poursuit le directeur.

Les avocats sont maintenant impliqués puisque le bail est terminé depuis un et demi.

« Selon nos avocats, c’est clair et précis qu’à la fin du bail, la propriété de la maison revient au propriétaire du terrain qui est le chemin de fer », explique M. Lévesque.

Le bâtiment est la cible de vandales, de squatteurs.

« Le monde nous appelle. On agit comme on peut, mais elle n’est pas à nous. On commence à être inquiet », craint M. Lévesque.

Des employés de la société ont constaté l’ampleur des dégâts après avoir évincé des squatteurs et barricader les portes.

« On a pu pour la première fois l’ampleur des dommages à l’intérieur. Je ne suis pas un spécialiste en bâtiment, mais il doit entrer de l’eau depuis cinq ou 10 ans par la couverture. On voit des traces d’infiltration d’eau. J’ai hâte de voir ce qu’on peut faire avec ça, mais elle est clairement en mauvais état », constate le directeur.

Si jamais la propriété revient à la société, les options seront analysées.

« Dans un scénario parfait, on trouverait quelqu’un qui serait prêt à la racheter et la rénover. Ce sera à voir. On n’a pas l’ambition de faire de l’argent. On veut juste régler après avoir été embarqué là-dedans sans jamais avoir voulu l’être », dit-il.

La société paie les taxes municipales depuis quelques années et M. Lévesque estime qu’elle a dépensé quelques dizaines de milliers de dollars dans ce dossier.

De son côté, le maire de Gaspé, Daniel Côté, ne voudrait pas voir ce bâtiment disparaitre du paysage de Gaspé qui a vécu la belle époque du chemin de fer et a fait partie de la vie commerciale de la ville.

Selon lui, le bâtiment, inscrit dans l’Inventaire du patrimoine bâti de la MRC de la Côte-de-Gaspé, serait récupérable, malgré tout.

« Il est classé de qualité ou d’intérêt supérieur. Ce n’est pas exceptionnel comme peuvent l’être de phare de Cap-des-Rosiers ou le pont Galipeau de Grande-Vallée, mais il est classé très haut. D’une part, ça appartient au propriétaire d’entretenir son bâtiment à la base. La Société du chemin de fer va protéger l’immeuble pour s’assurer qu’il n’y ait plus de squatteurs. À long terme, est-ce qu’un propriétaire privé pourrait acquérir le bâtiment ou un collectif ? », questionne le maire qui souligne qu’un propriétaire privé a déjà manifesté un certain intérêt.

« Politiquement, on a aucune volonté de voir ce bâtiment disparaitre. On souhaiterait voir un repreneur le protéger et le mettre en valeur. Je serais vraiment triste de le voir disparaitre », poursuit celui qui est aussi administrateur de la Société du chemin de fer de la Gaspésie.

Lui aussi rappelle l’enjeu juridique touchant la propriété de la résidence.

Le maire soutient que la Ville ne peut reprendre tous les bâtiments patrimoniaux.

Il cite l’exemple de la Maison William-Wakeham reprise par un promoteur privé qui est en train d’en faire la restauration en suivant les paramètres patrimoniaux.

« C’est intéressant de voir de l’injection privée dans le maintien du patrimoine. C’est pourquoi je fais le parallèle avec la Maison Kruse qui pourrait rester dans le giron privé, être restaurée et remise en valeur. Je crois que ça devrait être ça la solution », dit le maire.

Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec du ministère de la Culture et des Communications, le bâtiment aurait été construit pour Alfred C. Kruse et Rachel Jane Butlin.

Situé dans le secteur de l’ancienne gare de Gaspé, il a servi d’hôtel pendant plusieurs années.

La demeure est représentative d’un type de résidences issu de l’architecture vernaculaire américaine, soit la maison cubique, reconnaissable à sa toiture à pavillon ou à croupes et particulièrement populaire au Québec entre la fin du 19e siècle et les années 1940.

Elle possède un excellent état d’authenticité conféré par la présence d’un revêtement extérieur de planches de bois à clins complété de chambranles et de planches cornières, de fenêtres en bois, de portes en bois ainsi que par la préservation de la composition et de la volumétrie d’origine.

Au moment de la rédaction de la note, il est indiqué que l’intérieur de la résidence semblait posséder encore plusieurs composantes d’origine et d’intérêt.

Toutefois, avec les événements mentionnés par le directeur de la société du chemin de fer et le maire, il est permis maintenant d’en douter.